Archives mensuelles : octobre 2016

L’Economie du couple, de Joachim Lafosse

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L’Economie du couple, Joachim Lafosse

Joachim Lafosse est un réalisateur belge de 41 ans, qui aborde dans ses films des sujets de société contemporains. En 2006, il tourne son 1er long métrage remarqué par la critique et le public, Nue propriété, dans lequel Isabelle Huppert incarne la mère divorcée de deux étudiants joués par les frères Rénier, Jérémie et Yannick. Ce film est déjà une tragédie familiale qui aborde un certain nombre de thèmes qu’on retrouvera ce soir : celui de la séparation, de la dislocation familiale, de la vente de la maison. En 2012, il tourne un autre film remarquable, inspiré d’un fait divers, A perdre la raison. Emilie Dequenne tient le rôle d’une mère de famille dont le mari, joué par Tahar Rahim, vit dans la maison et sous la domination du Dr Pinget, interprété par un Niels Arestrup glaçant de perversité. Un film après lequel on ne peut plus écouter Julien Clerc de la même façon qu’avant.

Quant au film de ce soir, l’idée en est venue à Joachim Lafosse lors d’une rencontre avec Mazarine Pingeot, qui est non seulement auteur mais aussi scénariste. Tous deux ont eu envie de filmer un couple, et en particulier de montrer les émotions violentes qui sous-tendent les rapports conjugaux, et dont l’argent est souvent le symptôme. Dans L’Economie du couple, suite au divorce, le mari n’ayant pas les moyens de se reloger, les deux ex-conjoints sont obligés de cohabiter. Un sujet qui aurait pu faire l’objet d’une comédie, mais qui est traité ici sous la forme d’un drame et qui rend compte d’une réalité sociologique fréquente de nos jours. Le réalisateur dit à ce propos : « Autrefois on restait ensemble pour des raisons morales, aujourd’hui on le fait pour des raisons financières. Cela dit quelque chose sur notre époque. »

Pour préparer le film, Lafosse a demandé aux acteurs de visionner le film de Mike Nichols, Qui a peur de Virginia Woolf ?, dans lequel on voit le couple Taylor/Burton s’affronter et se livrer une guerre souterraine sans merci. Toutefois la particularité du film de Lafosse est de situer ce conflit conjugal sur le terrain du conflit de classe.

Dans ce film, la maison est un personnage à part entière ; elle est à la fois le lieu de vie du couple mais aussi l’enjeu du conflit entre les époux. Le réalisateur a tourné ce film presque en huis clos, dans une vraie maison, et non dans un studio, et a utilisé pour cela une petite caméra avec un nouveau système de stabilisateur qui donne beaucoup de fluidité aux mouvements de caméra, même dans des espaces exigus. A noter qu’il s’agit aussi du type d’appareil employé par Inarritu dans Birdman par exemple.

Dans les rôles principaux, l’épouse est interprétée par Bérénice Béjo, le mari par Cédric Kahn. Ce dernier est d’abord un réalisateur reconnu (il a réalisé par exemple Roberto Succo en 2001, ou plus récemment Vie sauvage, avec Mathieu Kassovitz). Mais il est aussi devenu acteur à la demande d’un de ses élèves de la Femis, Elie Wajeman, qui lui a donné le scénario de son film Alyah (2012) et a réussi à le convaincre de jouer le rôle du grand frère dans ce film. Il a également tenu un rôle cette année dans Un homme à la hauteur.

Danièle Mauffrey

Juste la fin du monde, de Xavier Dolan

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Juste la fin du monde, Xavier Dolan

            Xavier Dolan, parfois surnommé « le petit génie du cinéma québécois » est un jeune réalisateur, scénariste, auteur et producteur de 27 ans. Il a déjà réalisé 6 films, dont Mommy sorti en 2014, mais aussi des clips pour Indochine, Adèle…

            Les personnages principaux de ses films sont souvent des personnages à la recherche de leur identité sexuelle, et qui fument beaucoup. Il utilise souvent dans ses films des tubes des années 80 et des musiques plus pointues. Il accorde beaucoup d’importance aux cadrages, on verra beaucoup de gros plans dans Juste la fin du monde. Il associe généralement chaque personnage, chaque émotion, à une couleur dominante.

            Il reprend ici un de ses thèmes favoris : la famille, et notamment les relations avec la mère. Ce film est l’adaptation d’une pièce de théâtre de Jean-luc Lagarce, écrite en 1990, alors que l’auteur se savait atteint du SIDA. Dolan a voulu respecter au maximum cette pièce qui reprend un certains nombres de mythes aussi bien antiques (le retour d’Ulysse, que les siens ne reconnaissent pas) que bibliques (le retour de l’enfant prodigue). Cette pièce lui avait été recommandée par son actrice fétiche, Anne Dorval, mais il ne s’en était pas emparé plus tôt par manque de maturité selon lui.

            Pour la 1ère fois, le réalisateur a tourné avec des acteurs non pas québécois mais français, et on pourra regretter l’absence de l’accent québécois. Il s’agit cependant d’un casting de luxe : Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Marion Cotillard, Vincent Cassel.

            La musique a été composée par Gabriel Yared, compositeur français d’origine libanaise, qui avait déjà écrit la musique de Tom à la ferme, mais sans rencontrer le réalisateur.

Léa Lecoin, élève de Terminale option CAV au lycée de la Plaine de l’Ain