Archives mensuelles : septembre 2016

Frantz, de François Ozon, le 29 septembre 2016

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Frantz, de François Ozon

François Ozon est un réalisateur qui aime surprendre, être là où on ne l’attend pas. Depuis son premier succès, Sous le sable en 2000 ; il n’a cessé d’explorer des formes et des genres différents avec par exemple une comédie musicale en « huit clos » (8 femmes) ; un thriller librement inspiré de La Piscine, intitulé Swimming pool ; un drame en costumes, Angel ; une comédie musicale politique, Potiche ; et plus récemment trois films inattendus : Dans la maison, Jeune et jolie et Une nouvelle amie. Des genres différents donc, mais des constantes : des personnages principaux le plus souvent féminins, en conflit avec une société conformiste, le deuil, l’initiation à l’amour… et une manière de filmer qui oscille entre le réalisme et une artificialité totalement assumée.

Le film de ce soir est librement inspiré d’un film peu connu de Lubitsch sorti en 1932, intitulé Broken Lullaby (L’homme que j’ai tué), lui-même adapté d’une pièce écrite par Maurice Rostand (fils d’Edmond Rostand), qui avait voulu faire en 1930 une œuvre pacifiste portant un message de réconciliation en Français et Allemands. Il s’agit d’un drame à la fois historique et intimiste, sur le thème de l’absence (puisque le titre désigne le disparu), du mensonge et des faux semblants, du secret et de l’amour. L’histoire est située juste après la 1ère guerre mondiale, et le choix du noir et blanc peut apparaître comme un choix esthétique, Ozon le justifie notamment par le fait que notre mémoire de cette époque est en noir et blanc, mais il s’est aussi imposé pour des raisons financières, le budget du film ne permettant pas de reconstituer des décors crédibles en couleurs. Néanmoins Ozon n’a pas totalement renoncé à la couleur, qui apparaît dans certaines scènes du film. Le titre du film comporte une faute d’orthographe puisque le prénom Franz s’écrit sans t en allemand, cependant c’est une faute courante chez les Français et que le réalisateur a voulu garder pour donner justement un côté français à ce titre. Ozon dit « Je me suis raconté que c’était Frantz qui avait rajouté ce « t », car il est un grand francophile ».

Si le réalisateur enchaîne des projets très différents les uns des autres, c’est aussi le cas pour l’acteur principal du film, Pierre Niney, qui a tourné dans trois films cette année : la comédie Five sortie en mars, Frantz ainsi que L’Odyssée, qui sortira le 12 octobre, film sur le commandant Cousteau. Pour préparer ce film, il a pourtant dû mener un long travail préparatoire puisqu’il a appris à cette occasion l’allemand, le violon et la valse ! L’actrice principale, Paula Beer, âgée de 21 ans, apparaît ici pour son premier grand rôle à l’écran, mais est déjà considérée comme la révélation de l’année, voire la « future Romy Schneider » et a obtenu le Lion d’or du meilleur espoir féminin à la Mostra de Venise.

Je vous laisse découvrir ce film totalement européen (franco-allemand, primé à Venise…) pré-sélectionné pour la prochaine cérémonie des Oscars, de même que Cézanne et moi actuellement diffusé dans votre cinéma préféré.

Programme Toiles et Mômes 2016/2017

Les séances Toiles et Mômes, ce sont:

  • des films de qualité destinés aux jeunes spectateurs et à leur famille, projetés le dimanche matin
  • une brève présentation afin d’aider les enfants à entrer dans l’univers du film
  • un « apéro des mômes » après la séance pour prolonger le plaisir du film et échanger ses impressions entre petits et grands

Découvrez le programme 2016/2017 en cliquant sur le lien ci-dessous:

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Rando-culturelle: une belle journée de découverte!

Le 30 août, nous étions une quinzaine à nous réunir autour de notre guide, Gérard Joud, devant l’école Jules Ferry. Ce fut le point de départ d’une découverte passionnante des lieux souvent méconnus de la ville, et de leur histoire, agrémentée de nombreuses anecdotes. Le parcours nous a menés du vieil Ambérieu au château de Saint germain, avant d’enchaîner sur le musée du cheminot et de terminer par la visite des « coulisses » du Ciné festival, dont Christophe nous a dévoilé tous les secrets.

Cette journée était organisée en partenariat par Toiles Emoi et le musée du cheminot.

 

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Sur quel pied danser, de Paul Calori et Kostia Testut

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Sur quel pied danser, Paul Calori et Kostia Testud

Après un film noir il y a deux semaines, un film « gore » la semaine dernière, nous avons choisi de vous faire rentrer de façon plus légère avec le film de cette semaine.

Notre programmation a mis à l’honneur un certain nombre de jeunes cinéastes cette année, en proposant plusieurs « 1ers films ». C’était le cas il y a 2 semaines avec Diamant noir, c’est encore le cas ce soir pour Sur quel pied danser, premier film de 2 jeunes réalisateurs qui, après des études de littérature pour l’un et de linguistique pour l’autre, se sont rencontrés à la Femis en 2002. Tous deux ont donc pris le risque, pour leur premier long métrage, de réaliser une comédie musicale, genre certes mineur mais toutefois présent dans le cinéma français grâce à des réalisateurs comme Alain Resnais, François Ozon, Christophe Honoré. Mais ils ont corsé encore le pari en situant cette comédie musicale sur fond de crise sociale. Inutile de dire qu’ils s’inscrivent ainsi dans un genre dont on trouve peu d’exemples au cinéma, mais des exemples marquants qui placent la barre très haut pour ces débutants. On pense en effet, côté français, au film de Jacques Demy sorti en 1982, Une chambre en ville, récit d’une liaison entre un ouvrier et une bourgeoise sur fond de grève et de conflit social à Nantes. On pense aussi à Dancer in the Dark de Lars von Trier qui, en 2000, rassemblait Bjork et Catherine Deneuve dans une usine métallurgique des Etats-Unis. Il y aurait également un film de Stanley Donnen en 1957, intitulé Pique-nique en pyjama, mais ne l’ayant pas vu, je n’en parlerai pas.

Qui dit « comédie musicale » dit « musique, chanson et danse ». Pour toutes ces tâches, les réalisateurs ont fait appel à différents collaborateurs. Pour la musique, il s’agit d’ Olivier Daviaud, qui a notamment composé la musique des deux films de Johann Sfar (Le Chat du Rabin, Gainsbourg, vie héroïque) et d’Albin de la Simone qui est lui-même auteur-compositeur et interprète. Pour les chansons, il a décidé de les faire écrire par différents auteurs pour coller davantage aux différents caractères des personnages. Les textes ont donc été écrits par Clarika, Olivia Ruiz, Jeanne Chéral entre autres. Les réalisateurs définissent en ces termes ce qu’apporte selon eux la chanson dans le film : « Une chanson permet d’exprimer en trois minutes l’essence d’un personnage : ses sentiments, ses rêves, ses frustrations, ses fantasmes, ses ambitions, son passé. C’est comme se brancher directement sur le cerveau de celui-ci, en court-circuitant les règles habituelles de l’exposition et de la caractérisation. Le personnage devient expressif à la puissance dix ».

En ce qui concerne la danse, les réalisateurs ont travaillé avec des danseuses professionnelles, venant de la danse contemporaine, du hip-hop ou encore du cabaret. Les chorégraphies ont été créées par le danseur lyonnais Nasser Martin-Gousset.

Quant au casting, il s’appuie sur la jeune pauline Etienne, qui avait été remarquée pour son rôle dans La Religieuse de Guillaume Nicloux ; mais aussi sur François Morel en directeur d’usine, le jeune Olivier Chantreau en séducteur roublard et Loic Corbery, de la Comédie Française, en PDG hypocrite et démago.

L’action du film est située dans le cadre d’une usine de chaussures de luxe, à Romans-sur-Isère. Les réalisateurs disent avoir choisi le thème de la chaussure pour plusieurs raisons : selon eux « C’est un marqueur social qui caractérise immédiatement un personnage (…). Il est la métaphore de l’avancée d’un personnage, de sa droiture, de sa dignité, de son endurance. C’est un symbole ancestral aux niveaux de lecture sans fin : symbole sexuel, qui fait l’objet de fétichisme et de fascination ; fil rouge de nombreux récits traditionnels, comme Cendrillon (…) « Et bien sûr, ça colle parfaitement avec la comédie musicale et la chorégraphie : le jeu autour du pied, de la danse ».

Si vous avez chanté tout l’été, il ne vous reste donc plus qu’à danser maintenant !

Danièle MAUFFREY