Archives mensuelles : août 2016

Diamant noir, d’Arthur Harari

affiche diamant noir

 

Diamant noir, Arthur Harari

 

Certains titres de films sont très énigmatiques, au contraire le réalisateur de Diamant noir a choisi un titre qui concentre sobrement, en 2 mots le sujet (une histoire de famille dans le monde des diamantaires) et l’ambiance sombre de son film.

Arthur Harari est un jeune réalisateur de 34 ans, qui vit dans une famille de gens du cinéma. Son frère aîné, Tom, est chef opérateur (notamment sur ce film); son autre frère Lucas joue parfois dans les films d’Arthur et Arthur lui-même est réalisateur et parfois acteur. Son grand-père Clément Harari était lui-même un acteur prolifique au théâtre et au cinéma. Ses parents quant à eux, sont architectes, mais ils ont indirectement participé au film de ce soir puisque la maison familiale qu’ils ont construite à Bagnolet apparaît dans une scène de cambriolage. Arthur Harari a suivi des cours de cinéma à l’université mais a surtout très vite réalisé des films et s’est fait remarquer par deux courts métrages : La main sur la gueule en 2007 et Peine perdue en 2013. En ce qui concerne ses influences, il revendique son admiration pour le cinéma d’Elia Kazan, de Vincente Minelli, et surtout de Pialat, en particulier son goût pour les rapports familiaux conflictuels. On verra en effet que le réalisateur a fait avec ce film une sorte de variation sur le thème d’Hamlet, puisqu’il nous raconte l’histoire d’un fils qui fera tout pour venger la mort de son père.

L’idée de situer le film dans le milieu des diamantaires d’Anvers, jusque là très peu montré au cinéma, vient d’un producteur, Grégoire Debailly. Le réalisateur a pu, malgré les difficultés que cela représente, notamment pour des raisons de sécurité, rencontrer des diamantaires et s’immerger dans un atelier de taille de diamants, afin de donner le caractère le plus réaliste possible à son film.

Le rôle principal du film est tenu par un jeune acteur franco-canadien de 29 ans, Niels Schneider, qui a notamment tourné avec Xavier Dolan. Notons également que l’acteur qui interprète dans le film le personnage de Rachid, complice du personnage principal dans ses cambriolages, ne joue pas tout à fait un rôle de composition. En effet cet acteur, Abdel Hafed Benotman, est d’abord un écrivain mais il a également passé 17 ans de sa vie en prison pour plusieurs vols et braquages de banques. Il est décédé cette année en février, avant même la sortie du film (voir à ce sujet la tribune d’Arthur Harari dans Libération)

Quant au genre du film, c’est bien sûr un film noir, genre dont le réalisateur apprécie tout particulièrement l’ambiguïté mais c’est aussi une tragédie grecque à la manière de Sophocle avec son lot de secrets de famille, de fautes dont les conséquences rejaillissent sur plusieurs générations et qui suscitent des fantasmes et estompent la frontière entre fiction et réalité, comme en témoigne le prologue du film, inspiré des films de Dario Argento.

Enfin j’attire votre attention sur un motif important dans le film, celui des perceptions visuelles et plus particulièrement de l’œil, traité à la fois comme symbole, comme miroir, mais aussi comme outil du diamantaire.

Un premier film qui n’est peut-être pas encore totalement maîtrisé, mais très prometteur, qui a été récompensé par le prix du jury au festival du film policier de Beaune 2016.

Danièle Mauffrey

L’Effet Aquatique de Solveig Ansbach – jeudi 4 août 2016

« L’effet aquatique », comédie tendre et cocasse, va nous apporter un vrai bain de fraîcheur entre Montreuil et l’Islande.
Solveig Ansbach, la réalisatrice, a vécu dans ce pays, sa mère étant islandaise, et souhaitait y retourner pour tourner ce qu’elle savait être son dernier film.                                                               Il y a un an elle nous quittait à 54 ans. Elle n’a pu entendre les applaudissements nourris, les rires qui ont marqué la fin de la projection à la « quinzaine des réalisateurs » lors du dernier festival de Cannes. Le prix qu’elle a obtenu ne doit rien à un hommage posthume, c’est la récompense d’un talent, d’un regard chaleureux.                                                                                  En 2000 elle avait eu le César du premier film pour « Haut les cœurs » dans lequel elle parlait de sa maladie.                                                                                                                                                 C’est d’autant plus émouvant que le film de ce soir célèbre la joie d’une nouvelle vie, l’élan d’une rencontre. Il termine une trilogie de comédies décalées après « Back Soon » sorti en 2007, « Queen of Montreuil » en 2013. Ce n’est pas une suite, mais le désir de retrouver des personnages et ses acteurs fétiches : Samir Guesmi que nous avons vu dans le film de Bruno Podalydès « Comme un avion », dans celui d’Arnaud Desplechin « Un conte de Noël », dans « Camille redouble » de Noémie Lvovsky.                                                                                                 On retrouve également Florence Loiret-Caille ; elle compose, avec Samir, un tandem qui fonctionne à merveille ; leur petit jeu amoureux est certes maladroit, mais ce qui intéresse Solveig Ansbach, c’est plutôt la description de l’état amoureux et de ses conséquences.             Son troisième acteur fétiche : Philippe Rebbot a joué également dans un de ses films « Lulu femme nue » sorti en 2012 : Karine Viard y a obtenu le César de la meilleure actrice.                 Aux acteurs confirmés elle a mêlé des acteurs non professionnels français, islandais et même palestiniens.                                                                                                                                             Dans tous ses films, la réalisatrice s’attachait à des personnages dont la fragilité nous touche. Elle, qu’on surnomme l’héritière de Jacques Tati, savait conjuguer poésie et burlesque.             Elle avait travaillé le scénario de « L’effet aquatique » avec Jean-Luc Gaget et, à cette occasion, ils avaient revu le film de Jerzy Skolimoski de 1970 « Deep End » qui parle du trouble qu’on peut ressentir dans ces endroits aquatiques.                                                                                               L’eau abolit les barrières sociales, raciales tout autant que les pesanteurs de la vie.                  Deux parties composent le film : la première, pleine de délicatesse et d’humour, se passe dans le bassin de la piscine municipale de Montreuil, baptisée « stade nautique Maurice Thorez ». Autour du bassin, la réalisatrice a construit une société à la fois délirante et tout-à-fait vraisemblable.                                                                                                                                           Après la moiteur de la piscine, la deuxième partie nous entraîne dans les paysages enneigés islandais et aussi dans les sources d’eau chaude, où Solveig Ansbach continue à filer toutes les métaphores de l’amour : se jeter à l’eau, perdre pied, se laisser porter …                                      Martin Wheeler, le compositeur de la musique, s’est efforcé de traduire les rythmes qu’elle aimait, même si elle ne donnait jamais d’indication. « Pas de discussions théoriques avec Solveig, dit-il, on était toujours dans le concret ».                                                                                                 Elle en était aux deux tiers du montage du film lorsqu’elle a dû abandonner son travail. Son scénariste : Jean-Luc Gaget, sa monteuse : Anne Riégel, son producteur : Patrick Sobelman ainsi que le musicien Martin Wheeler ont collectivement assuré la fin du montage.                                Son cinéma parfois un peu loufoque mais toujours empreint de tendresse et d’humanité va nous manquer.
Bonne projection !

Denise Brunet