Archives mensuelles : octobre 2015

Youth

Youth de Paolo Sorrentino

Paolo Sorrentino est un réalisateur italien de de 45 ans. En 2008 il reçoit le prix du jury à Cannes pour Il Divo. On lui doit en 2013 « La grande bellezza » pour lequel il reçoit Golden globe et oscar du meilleur film étranger. Le public attendait une récompense à Cannes mais celle-ci ne viendra pas, tout comme Youth pour cette année au profit de Dheepan.

Dans le film de ce soir, l’action se situe au bord d’un lac en Suisse, dans un palace ou une clinique de jouvence c’est selon. Le palace est fréquenté par des vieillards caractériels et facétieux.

On retrouve 3 thèmes :

  • la vieillesse
  • la création artistique
  • la vanité.

Il nous fait réfléchir sur le « temps qui passe », et plus le temps passe plus une autre question s’impose celle relative au « temps qui reste ».

On retrouve des acteurs pour lesquels l’âge qu’ils ont atteint, leur permet de se poser ces questions :

  • Sir Michael Caine : 82 ans, acteur britannique (« le limier » (J. Mankiewicz), « l’homme qui voulut être roi » (J. Huston), la dernière trilogie des « Batman », « Kingsman »)
  • Harvey Keitel : 76 ans, acteur américain, (« taxi driver », « thelma et louise », « reservoir dogs », « pulp fiction », « la leçon de piano »,…)
  • Jane Fonda : 77 ans, actrice américaine qui a tourné avec les plus grands (Otto Preminger, Georges Cukor, Arthur Penn, Sydney Lumet…)

Autour de ces 3 séniors, on retrouve :

Rachel Weisz, actrice américaine de 45 ans (« la momie », « the constant gardener », « stalingrad (JJ Annaud) », « My blueberry nights (Wong Karwai) », « Jason Bourne »)

Paul Dano, acteur américain de 31 ans (découvert dans « Little Miss sunshine », « there will be blood », « twelve years a slave »)

Parmi les musiciens présents dans le film, on peut apercevoir des musiciens qui jouent leur propre rôle : chanteuse de soul, pop, jazz Paloma Faith et la chanteuse lyrique Sumi Jo.

La musique est très importante pour Sorrentino, dans Youth il nous fais vivre un mélange iconoclaste : Florence and the machine et des cloches !

Sans rien dévoiler, vous retrouverez des personnages parodiés et des scènes qui peuvent paraître très insolites.

Paolo Sorrentino dit de son film esthétique (la photographie est signée Luca Bigazzi un vieux compère de Sorrentino) que c’est « un film opportuniste, conçu pour exorciser nos peurs ».

Concernant la scène de laquelle est issue l’affiche (Madalina Ghenea, Miss univers de dos, nue, entrant dans la piscine), Michael Caine disait à Cannes « À ce moment-là, on regarde ce que l’on a perdu et qu’on ne retrouvera jamais ».

Dans tous les cas, en venant ce soir voir Youth, j’espère que vous n’aurez pas perdu votre temps !

La Volante – film de Christophe Ali et Nicolas Bonilauri – 29 octobre 2015

Nicolas Bonilauri et Christophe Ali, les auteurs et réalisateurs de la Volante se sont rencontrés dans le cadre d’un atelier vidéo au cinéma Jean Vigo à Gennevilliers (92).

Cet atelier est devenu leur repère alors qu’ils étaient projectionnistes et passaient une maîtrise de cinéma à l’Université Paris 8 de Seine Saint-Denis, et commençaient à réaliser leurs premiers court-métrages.

Chacun avait déjà fait de petits films en vidéo, et ils ont commencé à travailler ensemble sur ce format avant de faire deux court-métrages en 16 mm en 1996 et 1998 : El otro Barrio, puis Domingo.

Leur moyen métrage en noir et blanc, sorti en 2001 et  baptisé « le Rat » fut tourné en 4 ans par petits bouts et avec un budget microscopique.

Leur premier long métrage sort en 2005. Il s’agit de « Camping sauvage » un film avec Isild Le Besco, Denis Lavant et Emmanuelle Bercot : l’histoire s’inspire d’un fait-divers qui s’est déroulé il y a une vingtaine d’années en Vendée. Le film est retenu dans la sélection du festival de Berlin de 2006 et reçoit un bon accueil, tant de la critique que des spectateurs.

« La Volante » est leur deuxième long métrage, toujours réalisé en tandem.

Il s’agit d’un thriller inspiré du cinéma américain, avec des références explicites à Hitchcock et au film de Stanley Kubrick « Shinning ».  Cependant, les auteurs expriment le souci de conserver à leur film une sensibilité « française », et se réfèrent aussi au cinéma de Chabrol.

Le film réunit, aux côtés de la star Nathalie Baye, trois acteurs moins célèbres mais tout-à-fait intéressants :

  • Malik Zidi (Thomas) cheveux roux, teint pâle et regard énigmatique, interprétait le fils de Catherine Deneuve pour Téchiné dans le film «Les temps qui changent » en 2004. Il reçoit le César du meilleur espoir masculin pour sa prestation dans le film « Amitiés Maléfiques » d’Emmanuel Bourdieu, remarqué à Cannes en 2006.

C’est un acteur fidèle au cinéma indépendant, qui fait partie de la génération montante du cinéma français au côté de Clotilde Hesme et Melvil Poupaud, par exemple.

En 2015, outre sa prestation dans le film « la Volante », il est à l’affiche du film de Nicolas Boukhrief « Made in France », qui sortira le mois prochain, dans lequel il incarne un journaliste se rapprochant de quatre jeunes membres d’une cellule djihadiste.

  • Johan Leysen (Eric), né en 1950 en Belgique, partage sa carrière entre la Belgique et la France, et aussi entre la télévision et le cinéma.

Il a joué dans des séries télévisées telles que  « les enquêtes du Commissaire Maigret » et « les Cinq dernières minutes », mais a aussi participé à des films aussi célèbres que « je vous salue Marie » de Jean-Luc Godard, « L’œuvre au noir » d’André Delvaux, « Le Maître de musique » de Gérard Corbiau, « la Reine Margot » de Patrice Chéreau ou encore « Les âmes fortes » de Raoul Ruiz.

  • Sabrina Seyvecou (Audrey) enfin, est une jeune actrice française qui tourne régulièrement dans des films d’auteur depuis 2008 : on l’a vue en particulier dans le film « Paris » de Cédric Klapisch, dans « Hors la loi » de Rachid Bouchareb, dans le « Cloclo » de Florent Emilio Siri, et dans « le Prochain film » de René Féret, aux côtés de Frédéric Pierrot.

En 2015, outre son rôle dans « la Volante », elle joue Zoé dans le film de Charles Najman « Pitchipoi » sorti en février.

« La Volante » est une production franco-belge-luxembourgeoise, tournée dans le Nord de la France, au Luxembourg et en Belgique, de ce fait.

A sa sortie, le film a reçu un accueil mitigé de la critique, mais est apprécié par le public.

J’espère que ce sera le cas pour vous et je vous souhaite une bonne projection.

Dominique Magnard

 

 

 

MARGUERITE – film français de Xavier GIANNOLI – jeudi 15 octobre 2015

Xavier GIANNOLI est un jeune réalisateur de 43 ans. A 26 ans, il remportait déjà la Palme d’Or du court métrage. C’est son 6ème long métrage. L’imposture est l’un de ses thèmes favoris : rappelez-vous le film avec DEPARDIEU « Quand j’étais chanteur » ou bien  » A l’origine », avec François CLUZET qui campait un personnage qui faisait croire à tout un village qu’il était un entrepreneur en BTP et qu’il allait leur faire passer l’autoroute, ou plus récemment le film avec Kad MERAD « Superstar ».
GIANNOLI nous transporte ce soir dans le Paris des années 20, moment important dans l’aventure de la liberté après les affres de la 1ère guerre. Il a choisi cette époque pour évoquer librement une histoire incroyable mais vraie. Un jour, il entend à la radio la voix d’une curieuse chanteuse d’opéra qui interprétait « la Reine de la Nuit » de MOZART et c’était très drôle… Elle s’appelait Florence FOSTER JENKINS, une américaine qui a vécu, elle, dans les années 40 aux USA. Il se renseigne sur elle en lisant les coupures de presse qui évoquent son improbable carrière, elle s’était même produite devant la salle du Carnegie Hall. Il a retrouvé une photo d’elle avec des ailes d’ange dans le dos et un diadème sur la tête, repris sur l’affiche du film. Après son enquête fouillée sur le
personnage, il écrit une histoire romanesque. Cette femme est passionnée mais la passion ne valide pas toujours le talent. C’est un moyen pour combler un vide affectif mais GIANNOLI insiste : c’est aussi une histoire d’amour.

Puis le réalisateur a cherché quelqu’un qui pouvait incarner la naïveté tout en n’étant plus toute jeune. Son choix s’est porté sur Catherine FROT : il l’a découverte au théâtre dans la pièce de BECKETT « Oh les beaux jours ». « Elle parlait à une fourmi avec une touchante innocence » dit-il. D’autre part Catherine FROT avait fait savoir à GIANNOLI qu’elle aimerait travailler avec lui et 3 semaines plus tard, elle recevait une 1ère version version du scénario. Le film marque son grand retour et c’est certain, GIANNOLI lui a offert son plus beau rôle. Elle apporte ici une sensibilité comique qui lui vaudra peut-être un César, on en parle … Catherine FROT s’est également beaucoup documentée. Elle a lu des ouvrages sur les figures des cantatrices célèbres de l’époque et elle a fait un gros travail sur la voix. En réalité, elle a une très belle voix mais pour ne pas la casser, selon une expression célèbre, le réalisateur a préféré la faire doubler par une vraie chanteuse notamment quand il fallait chanter très aigu. Pour interpréter son rôle, Catherine FROT s’est demandé si cette femme était si innocente qu’elle en avait l’air, n’était-elle pas condamnée au fond à rester à sa place ?  » Et les autres, sont-ils aussi cyniques qu’ils le laissent paraître ? » se demande-t’elle.

Parmi les acteurs, on reconnaîtra dans le rôle de son époux André MARCON qui impose une force avec cette voix profonde et son manteau d’ours ; Michel FAU dans le rôle de ténor en fin de course, rôle qui a été écrit pour lui ; et beaucoup de seconds rôles assez déroutants mais qui donnent un sentiment de vérité au film.

GIANNOLI et son directeur de la photo ont voulu aussi des dissonances dans l’image : un fond sans trop de couleurs avec parfois des taches, un foulard, un éventail. Quant à la musique, aux grands airs d’opéra se mêlent musique baroque, jazz, musique indienne, australienne.

Costumes et décors sont d’époque mais le propos est résolument moderne ; le pouvoir de la manipulation des mots ou des images traverse le film et c’est toujours vrai aujourd’hui ; la publicité, la société du spectacle qui berce d’illusions des innocents nous en donnent des exemples.

Ajoutons aussi une confidence du réalisateur : il a souvent souffert des hypocrisies, des méchancetés de la vie sociale et il trouve ici par l’humour une distance avec elles.

Je vous invite à suivre les aventures de Marguerite et à en rire.

Denise BRUNET

Cemetery of Splendour – film thaïlandais d’Apichatpong Weerasethakul

Cemetery of Splendour – Film d’Apichatpong Weerasethakul

Apichatpong Weerasethakul est un artiste plasticien et cinéaste thaïlandais, âgé de 45 ans.

En France, il a été révélé au public par son film Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) récipiendaire de la Palme d’Or 2010 décernée par le Jury présidé par Tim Burton.

Cette Palme d’Or a surpris, et la récompense n’a pas suffi à rendre son cinéma populaire puisque le film n’a été vu que par 125 000 spectateurs dans les salles françaises.

Cependant, il faut savoir qu’Apichatpong Weerasethakul est considéré en général par la critique comme un réalisateur et un artiste majeur du début du 21ème siècle.

Il a grandi dans le nord-est de la Thaïlande, où ses parents étaient médecins dans un hôpital. Il passe un diplôme d’architecture avant de partir étudier aux États-Unis et d’obtenir un master en beaux-arts à Chicago en 1997.

Il commence à réaliser des courts métrages dès 1993 et tourne des films documentaires ou expérimentaux centrés principalement sur des habitants et des régions modestes de la Thaïlande.

Il réalise son premier long métrage en 2000.

Ses deux longs métrages suivants Blissfully Yours et Tropical Malady sont respectivement présentés au Festival de Cannes en 2002 (Prix Un certain regard) et 2004 (Prix du Jury), et le troisième Syndromes and a Century sur ses parents médecins à la Mostra de Venise en 2006.

En plus de ses projets en tant que cinéaste, Apichatpong travaille en permanence sur des courts métrages, des projets vidéo et des installations.

Ainsi, en 2005, il participe au projet Tsunami Digital Short Films, 13 films commissionnés par le Bureau pour l’Art contemporain et la Culture du ministère de la Culture thaïlandais pour rendre hommage aux victimes du tsunami et permettre aux artistes de réinterpréter ce tragique événement.

En 2009, son installation nommée Primitive est présentée parallèlement au musée d’art moderne de la ville de Paris et à Liverpool. Cette installation est composée de 8 courts métrages tournés à Nabua, un village du Nord-Est de la ThaÏlande, qui pendant la Guerre Froide fut  occupé par l’armée chargée d’extirper toute trace de communisme chez les villageois.

Dans les années 2000, il milite également contre la censure du cinéma en Thaïlande.

Actuellement, il termine, à Bangkok, les derniers préparatifs d’une mise en scène de théâtre.

Cemetery of Splendour, comme ses films précédents, se caractérise par la beauté des images et une certaine douceur. Mais il expose également une vision critique de la société thaïlandaise actuelle, dans un pays qui vit aujourd’hui sous la coupe d’un gouvernement institué par la force en 2014.

Le récit n’est pas linéaire, et on retrouve des thèmes de ses précédents films, le monde étant présenté comme composé de différentes strates de réalités mouvantes, visibles et invisibles, un espace-temps dans lequel les âmes circuleraient entre passé, présent et futur, entre rêve et réalité, la nature et la ville, l’animal et l’humain…

Dans une école transformée en hôpital de campagne se trouve un groupe de soldats atteints d’une mystérieuse maladie du sommeil entrecoupé de réveils spontanés.

Ils reçoivent la visite de bénévoles, et en particulier de l’héroïne, une femme interprétée par sa fidèle actrice et inspiratrice Jenjira Pongpas Widner.
Depuis Blissfully Yours, en 2002, où elle interprétait Orn, une femme qui vient en aide à un immigré birman atteint d’une maladie de peau, Jenjira Pongpas a joué dans la plupart des films d’Apichatpong Weerasethakul. Devenue sa muse et sa confidente, elle tient le rôle principal de Cemetery of Splendour.

La relation entre le cinéaste et son actrice est assez étonnante : à l’époque de Blissfully Yours, elle était agent de mannequins et de jeunes acteurs, et aussi figurante pour le cinéma. Elle avait joint sa photo à celle des autres candidats pour Blissfully Yours, bien que le film ne propose aucun rôle pour une femme de son âge.

Au bout de quelques temps, Apichatpong l’a rappelée pour passer un casting. Il avait fait évoluer un des personnages féminins, une jeune femme de 20 ans devenue une femme mûre.

Elle n’a pas cessé depuis de travailler avec Apichatpong Weerasethakul, que ce soit dans ses courts ou dans ses longs-métrages. Elle ne tourne pratiquement qu’avec lui, et d’un autre côté, Apichatpong utilise les histoires qu’elle lui raconte dans ses films.

Ainsi, une partie du film de ce soir s’inspire de la vie qu’elle mène depuis qu’un accident de moto l’a laissée infirme de la jambe droite. Dans le film il y a aussi ce rêve qu’elle avait fait un jour à Bangkok, après s’être évanouie : elle se trouvait dans un hôpital qui se trouvait être l’école de son enfance et elle en arpentait les salles, désespérément vides.

De son côté, Apichatpong Weerasethakul dit qu’il a constaté qu’en vieillissant, il dort de plus en plus.

Il pense que son pays le rend malade, et que Cemetery of Splendour est son dernier film tourné en Thaïlande…

 

Dheepan – film français de Jacques Audiard – jeudi 1er octobre 2015

Jacques Audiard, né à Paris en 1952, est, comme vous le savez, le fils de Michel Audiard, le créateur entre autres des dialogues cultissimes des Tontons Flingueurs.

Vivant dans le sérail, Jacques n’est pas du tout impressionné par le  monde du cinéma, comme d’ailleurs son père qui a un regard très cynique sur le 7ème art. Autodidacte et  bibliophile, Michel  transmet  à  son fils dès l’âge de 12 ans sa passion pour les livres et la poésie. Souhaitant devenir professeur, Jacques entame des études de philosophie et de littérature.

Michel gagne beaucoup d’argent avec le cinéma, mais en dépense encore plus et ne gère rien. Toute sa fortune est engloutie par le fisc.  Et la mort à 26 ans de son fils aîné François dans un accident d’automobile le démolit.

Il fait appel à son fils pour l’aider dans son travail de scénariste, et c’est ainsi que Jacques écrit en 1983 avec son père « Mortelle randonnée » réalisé par Claude Miller avec Michel Serraut dans le rôle d’un policier à la recherche de son enfant disparu. Le tournage était d’autant plus douloureux  pour l’acteur et le scénariste  que tous les deux avaient perdu un enfant dans un accident.

«  Mon père ne me témoignait pas  d’affection, dit Jacques, mais c’est dans cette écriture partagée que nous trouvions une interface pour communiquer ». Et il continue à travailler sur des scénarios avec son père jusqu’au décès de celui-ci  en 1985.

Successivement monteur, acteur, scénariste, c’est en 1993 qu’il se lance dans la réalisation avec « Regarde les hommes tomber ». Suivront « un héros très discret », « sur mes lèvres », « de battre mon cœur s’est arrêté », « un prophète », « De rouille et d’os », six films sur le thème de la tension entre marge et norme, entre exclusion et désir  d’appartenance.

C’est  encore ce thème de l’exclusion et du désir d’appartenance  que vous retrouverez dans Dheepan,  mais cette fois  il a voulu des personnages  aussi étrangers que possible à la France où ils arrivent poussés par la guerre et la misère, et montrer ce pays à travers  leurs yeux, comme ceux d’Usbek et Rica dans « les lettres persanes » de Montesquieu.

Audiard a confié à un de ses coscénaristes  Noë Debré, la mission de trouver des migrants  « avec une vraie barrière linguistique » et c’est ainsi que vous allez voir un film tourné en tamoul avec trois srilankais acteurs  non professionnels….

Le rôle titre est joué par Antonythasan Jesusthasan, ancien engagé volontaire dans les rangs des Tigres de Libération de l’Ilam Tamoul. Trois ans et près de 100 000 morts plus tard, il réalise que la tuerie à  laquelle il participe   ne libère en rien son pays et  c’est en réfugié politique qu’il  quitte le Sri Lanka en 1993. Bien qu’en France depuis 15 ans, il parle très mal le français et  la communication se faisait « dans une espèce d’anglais spécial, assez poètique », dit Audiard.

Sa fausse petite fille est jouée par l’adorable Claudine Vinasithamby, également srilankaise, mais que Jacques Audiard  a trouvée dans un CM 2 en France. Le réalisateur raconte que dans la scène où elle dit à sa  fausse mère comment se conduire avec elle, il lui a donné la feuille de la scène une heure avant et « c’est extraordinaire ce qu’a fait la petite, il n’y a  eu qu’une seule prise ».

Quant au rôle de la fausse épouse et mère,  il est interprété par Kalieasmari  Srinivasan , srilankaise,  qui n’avait jamais fait de cinéma mais seulement du théâtre en Inde.

Le personnage du Caïd est joué par Vincent Riottiers,  29 ans, mais  dejà plus de trente films au compteur,  et vous allez retrouver l’excellent Marc Zinga que vous avez vu dernièrement aux côtés d’Olivier Gourmet dans « Jamais de la Vie ».

Contrairement à ce que vous pensez peut être, pour Audiard, les scènes d’action «  c’est du chiendent »   et il préfère laisser à son premier assistant le soin de régler les cascades…

La bande son  est de Nicolas Jaar…. et de Vivaldi.

C’est dans la cité de la Coudray à Poissy,en partie abandonnée ou en réhabilitation, qu’a été tournée la partie « Western urbain ». Peu de familles y habitaient et l’équipe de tournage a pu s’installer dans des appartements vacants. Tous les habitants ont été mobilisés pour  la figuration.

Jacques Audiard n’a pas voulu d’un décor réaliste. Au contraire il filme une  cité abstraite, magnifiquement photographiée par la jeune chef opératrice Eponine Momenceau, tout juste sortie de la FEMIS, dont c’est  le premier long métrage. Saluons ici le réalisateur  qui n’hésite pas à donner leur chance  à des débutants dont il  a détecté le talent.

J’attire votre attention sur l’utilisation de la fenêtre de l’appartement  comme un écran sur la cité, à la Hopper, en une sorte de surcadrage, et aussi  les  plans filmés à travers une porte entrebaillée,pour accentuer l’impression que les personnages sont dans l’incertitude, rien ne leur est assuré dans cette nouvelle vie.

Vous savez que ce film a reçu la Palme d’Or au Festival  de Cannes 2015, et que ce choix a été souvent accueilli avec surprise par les festivaliers. Ils se sont dits déroutés par sa composition  en deux parties, l’une nuancée, délicate,  ouverte, humaine, se positionnant entre les frères Dardenne et Ken Loach,  une deuxième,  d’une violente extrême,  puis un épilogue où l’Angleterre apparait comme la seule terre promise…Or, Audiard n’a pas  voulu  opposer une anti-France  à une Angleterre paradisiaque, non, cet épilogue dit, comme dans tous ses films, que l’homme ne trouve son salut qu’en s’abandonnant au désir de la femme…