Archives mensuelles : mai 2015

Voyage en Chine – Film français de Zoltan Mayer – séance du 28 mai 2015 20h45

Voyage en Chine – film français de Zoltan Mayer – sorti le 25 mars 2015

Un film sensible porté par Yolande Moreau qui forme aussi deux beaux duos avec des comédiennes chinoises.

Remarqué pour ses travaux de photographe et ayant participé à des courts métrages et documentaires, le franco-hongrois Zoltan Mayer vient de réaliser son premier long métrage, Voyage en Chine.

Attiré depuis longtemps par les cultures orientales, il décide lors d’un voyage en Chine avec sa mère d’entreprendre un film dont l’action se situerait dans ce pays – et plus précisément dans la région méridionale du Sichuan.

Le cinéaste et scénariste a pensé d’emblée à Yolande Moreau pour incarner l’héroïne et dit qu’il n’aurait pas fait le film si elle avait refusé le rôle.

Yolande Moreau incarne Liliane, infirmière dans un hôpital du nord-ouest de la France.

Elle est mariée avec Richard (interprété par André Wilms – acteur fétiche du réalisateur Aki Kaurismaki). Le couple vit dans la routine.
Une nuit, Liliane apprend que leur fils, Christophe, vient de mourir accidentellement en Chine où il vivait depuis des années – et où ni elle ni son mari ne sont jamais allés lui rendre visite.

Accablée par des imbroglios administratifs pour faire revenir le corps de Christophe, Liliane décide de partir seule en Chine pour affronter la situation.

Le cinéaste nous invite à prendre part à son périple, dans un Shanghaï démesuré puis vers Langzong, ville ancienne du Sichuan où a vécu son fils.

En même temps que ce voyage physique au sein d’une nature luxuriante, Liliane entreprend un voyage intérieur pour « retrouver » son fils. Elle s’adresse d’ailleurs à lui en lui écrivant régulièrement dans un cahier.

En découvrant comment vivait son fils dans ce pays du bout du monde, Liliane rencontre ses amis, et Danje la femme qu’il aimait…

Liliane s’attache à cette terre, aux gens qu’elle rencontre et qui l’accueillent avec beaucoup de chaleur en l’associant à leurs fêtes et en la faisant participer aux rites mortuaires taoïstes, et elle finit par trouver en Chine une forme d’apaisement et de spiritualité.

Zoltan Mayer nous offre avec un Voyage en Chine un film sensible, souvent grave mais également drôle : Il nous fait partager la quête de son héroïne Liliane, et nous interroge sur le vrai sens du voyage et l’apport de la rencontre avec l’autre.

Pour cela, il a fait le choix d’une réalisation minimaliste qui privilégie les cadrages soignés et un travail sur le flou. Peu de plans, peu de mouvements de caméra. Les lumières indirectes et les faibles éclairages sont privilégiés. Les personnages ne sont pas toujours dans le plan, ils le traversent, on devine parfois leur présence en hors champ.

Ce minimalisme est renforcé par la musique du percussioniste Steve Shehan. En réalité, il y a peu de musique mais un important travail sur le son, lui aussi épuré. Le réalisateur et son musicien ont créé des « familles de sons » : des sons liquides (pluie, rivière), des sons cristallins (cloches, verres, grelots), des cris d’enfants, des chants d’oiseau qui scandent l’arrière-plan du film. Les chants d’oiseau sont comme une manifestation de Christophe, le fils disparu de Liliane.

Zoltan Mayer nous propose aussi de beaux portraits de personnages féminins.

Outre Yolande Moreau, le film met en scène une belle et lumineuse actrice chinoise : Qu Jing Jing qui joue Danje, l’amie de son fils Christophe.

Et la comédienne Ling Dong Fu, qui campe la facétieuse logeuse, actrice elle aussi venue du théâtre, est une sorte de double chinois de la belge Yolande Moreau.

On sort de ce Voyage en Chine le cœur léger et l’esprit zen.

Bonne projection !

 

Still Alice

Still Alice

Film qui a consacré Julianne Moore :

  • Oscar de la meilleure actrice

  • Golden globes meilleure actrice dans un drame

  • et 3 autres récompenses pour la meilleure actrice

Julianne Moore joue le rôle d’Alice une brillante professeure de linguistique, mariée, mère de 3 enfants et heureuse. Soudain les mots commence à lui manquer, on lui diagnostique la maladie d’Alzheimer.

Pour le tournage de Still Alice, elle s’est absentée 1 mois du tournage du troisième volet du film à succès « Hunger Games ». On retrouve Julianne Moore que nous avions vu dans un rôle totalement différent dans « Maps to the stars » de David Cronenberg, elle jouait le rôle d’une actrice odieuse et égocentrique et il y a quelques années en artiste contemporaine déjantée dans « The Big Lebowski » des frères Cohen.

Au casting on trouve également :

  • Alec Baldwin qui a été suggéré par Julianne Moore avec lequel elle avait déjà tourné en 2009 et 2013 dans la série « 30 rock ».

  • Kristen Stewart dans le rôle de Lydia, la fille d’Alice, que nous avions eu beaucoup de plaisir à voir aux cotés de Juliette Binoche dans « Sils Maria » d’Olivier Assayas.

Il est à noter que le film a été co-réalisé comme tous leurs films par Wash Westmoreland et Richard Glatzer qui ont travaillé ensemble depuis 2006. Richard Glatzer était atteint de sclérose amyotophique et ne pouvait parler pendant le tournage du film, il utilisait une tablette pour communiquer avec les acteurs et l’équipe technique. Il décédera quelques jours après la remise de l’oscar à Julianne Moore.

Un petit cocorico, 2 français ont eu la charge de la mise en scène et du montage. La raison : permettre aux spectateurs de percevoir l’intimité d’Alice et ses angoisses :

  • Denis Lenoir directeur de la photographie (Patrice Leconte, Olivier Assayas, François Ozon, Catherine Breillat, Philippe Claudel…)

  • Nicolas Chaudeurge : chef monteur : « les hauts de hurlevent », « All good children », « mon meilleur ennemi »

Vous pourrez remarquer l’utilisation du flou pour renforcer la perte de lucidité.

La musique de Ilan Eshkeri très épurée accompagne et renforce le coté dramatique et l’isolement d’Alice.

Le film est adapté du roman « L’envol du papillon« , écrit par Lisa Genova professeure en neuroscience à Harvard. Elle s’est inspirée de ses propres recherches. Ce livre est devenu un best seller mondial.

The Voices – film de Marjane Starpi le jeudi 14 mai à 20h30

The Voices – film américain-allemand de Marjane Satrapi

On ne présente plus Marjane Satrapi, née à Téhéran en 1969 :

En effet, sa bande dessinée autobiographique « Persépolis », qu’elle a adaptée ensuite au cinéma avec Vincent Paronnaud en long métrage d’animation en noir et blanc, a obtenu un grand succès critique et commercial à sa sortie, en juin 2007.

Elle y raconte son enfance en Iran pendant la révolution islamique, puis son départ à 14 ans vers le lycée français de Vienne, et son passage à l’âge adulte.

Le film a reçu le Prix du Jury au Festival de Cannes 2007,  deux Césars l’année suivante (ceux du meilleur premier film et de la meilleure adaptation) ainsi qu’une nomination à l’Oscar 2008 du meilleur film d’animation.

En 2010, elle adapte son album Poulet aux prunes au cinéma, avec Mathieu Amalric dans le rôle de l’oncle musicien, toujours en binôme avec Vincent Paronnaud, alias Winschluss (auteur de Bd et aussi réalisateur du court métrage subversif « il était une fois l’huile » projeté à la nuit du court métrage en décembre 2014 à la MJC).

Poulet aux Prunes est sélectionné en compétition lors de la Mostra de Venise en 2011, et gagne le prix du meilleur Long métrage au festival international du film d’Abu Dhabi ainsi que le prix du public à São Paulo. Le film sera distribué aux États-Unis en 2012 par Sony Classics.

En 2013, elle réalise seule un road-movie expérimental, La Bande des Jotas, qui reste confidentiel et qu’elle qualifie elle-même de « mauvais petit film » mais nécessaire à titre de « règlement de comptes avec elle-même » pour ne pas rester dans un personnage d’éternelle exilée.

On la retrouve aujourd’hui avec The Voices, production américaine et allemande.

Ce film rompt avec les précédents de manière significative :

  • Marjane Satrapi n’en est pas l’auteure, mais la réalisatrice.
  • Par ailleurs, comme dans « la Bande des Jotas », il n’est plus question de l’Iran dans ce film, et elle ne fait plus équipe avec Vincent Paronnaud.

Pour sa première expérience américaine et avec un casting hollywoodien (Ryan Reynolds, Anna Kendrick, Gemma Arterton), la cinéaste signe une comédie noire.

Son héros, Jerry, est un schizophrène qui entend des voix émanant de son chien et de son chat, ce qui le pousse à entamer une carrière de serial killer.

Le film joue par conséquent avec les codes du film d’horreur, mais il est aussi une comédie.

Le scénario de Michael Perry a été envoyé à MS par l’agent américain qu’elle a depuis sa nomination aux Oscars en 2008.

Ce scénario figurait en tête de ce qu’on appelle la « Black list », un classement des meilleurs scénarios proposés aux studio et non produits dans l’année en cours.

Cette Black list est établie chaque année en décembre depuis une dizaine d’années à l’initiative de Franklin Leonard, jeune cadre dans la société de production de Leonardo Di Caprio.

Elle offre non seulement l’une des rares opportunités à des anonymes d’être repérés mais a surtout révélé des oeuvres aussi différentes que Le Discours d’un Roi, Juno, Slumdog Millionaire,  The Social Network, Unglorious Bastards….

A la lecture du scénario, MS a été séduite par le personnage du serial killer qui lui est tout de suite apparu très sympathique.

C’’est Ryan Reynolds (Buried, Ted…) qui interprète le schizophrène qui parle à son chat et à son chien.

La cinéaste le confronte à trois types de femmes :

Gemma Arterton (que nous avons vue ici notamment dans les films Gemma Bovery et Tamara Drewe…) est Fiona, une incarnation de la féminité, une sorte de pin-up qui transpire la sexualité.

A l’inverse,  Anna Kendrick est Lisa, une petite chose, mignonne, fragile, mais aussi plus terre-à-terre, plus en phase avec les objectifs d’une vie quotidienne.

Ella Smith, enfin, est Alison, la fille ronde, bonne copine, qui s’avère néanmoins avoir aussi une libido.

Le 4ème personnage féminin, celui du psychiâtre, est interprété par Jacki Weaver.

La BD semble loin…mais comme dans « Big Eyes » qui nous a été présenté récemment par Fabrice Calzettoni, les couleurs et l’esthétique ont une grande importance : on retrouve une Amérique rose bonbon et soignée qui rappelle l’univers de Tim Burton, lui aussi auteur de films d’animation et de bande dessinée, et son « goût pour le mauvais goût ».

Le film a obtenu le Prix Nouveau Genre, ainsi que le Prix du Public lors de la vingtième édition de l’Etrange Festival, qui s’est tenue du 4 au 14 septembre au Forum des Images à Paris, « saluant l’entrée et l’immédiate reconnaissance d’une artiste majeure dans la famille du cinéma de genre ».

Bonne projection !

 

HOPE de Boris Lojkine 30 avril 2015

HOPE – Film francais de Boris Lojkine sorti en France le 28 janvier 2015

 

 

Hope est le premier film de fiction de Boris Lojkine, ­réalisateur français de 45 ans, agrégé de philo, qui précédemment a réalisé deux documentaires au Vietnam.

 

Boris Lojkine raconte dans Hope les liens d’amour ou de presqu’amour qui se nouent entre deux migrants africains, un homme camerounais et une femme nigériane, pendant leur éprouvant voyage vers l’Europe : leur marche à travers le désert, les ghettos dans lesquels ils se soumettent à la loi des « chairmen », les risques quotidiens courus dans l’attente du passage.

 

Pour faire ce film dont l’action se déroule en Afrique, il a tout d’abord beaucoup lu (des témoignages de migrants, des rapports d’ONG, des enquêtes de presse…) puis a écrit un scénario qui lui a permis de recueillir les premiers financements.

 

Il part ensuite pour le Maroc, qu’il parcourt d’Oujda, à la frontière avec l’Algérie, jusqu’à la forêt de Gourougou, qui surplombe l’enclave espagnole de Melilla. Il y rencontre des membres des différents « ghettos » africains, ces campements ou ces squats dans lesquelles vivent regroupés par ethnie les candidats à la migration vers l’Europe.

 

Cette confrontation avec la réalité l’amène à modifier son scénario.

 

D’autre part, ces rencontres lui permettent de rechercher les acteurs de son film : en effet, il souhaite confier tous les rôles à des non professionnels, des gens venant du milieu de la route.

 

Pour cela il se fait aider par Amine Louadni, le directeur de casting du réalisateur franco-marocain Nabil Ayouch (Les Chevaux de Dieu), et réalise deux castings, un au sein du ghetto nigérian, l’autre dans le ghetto camerounais.

 

Ces castings sont bien sûr difficiles, réalisés dans des communautés méfiantes, en état perpétuel d’alerte.

 

Il découvre relativement facilement Justin Wang, le jeune Camerounais qui incarne Léonard dans le film. Il lui est en revanche plus difficile de trouver l’actrice interprète de Hope, car la quasi-totalité des migrantes nigérianes qui empruntent la route sont acheminées par des réseaux organisés de prostitution.

 

C’est Endurance Newton, qui finalement incarnera Hope : elle a pu  échapper aux réseaux de prostitution en épousant le « chairman » d’un ghetto nigérian situé en Algérie, puis en partant s’installer avec son bébé dans un bidonville de Casablanca où elle vivait toujours lors de la sortie du film en janvier 2015.

 

Dans la direction de ses acteurs non professionnels, le cinéaste expliquera qu’il est guidé par l’idée de les faire rentrer dans le cadre et les dialogues conçus pour le scénario sans trahir leur monde.

 

Enfin, le gouvernement marocain n’ayant pas accepté que le tournage du film ait lieu dans les véritables ghettos de Rabat ou les campements de la forêt de Gourougou, Boris Lojkine a donc eu recours aux figurants membres des différentes communautés clandestines pour reproduire l’univers des campements ailleurs, de manière à ce que les décors soient les justes et authentiques possibles.

 

Ce film de fiction donne ainsi à voir la réalité du monde très dur des camps et des migrants, où toutes les relations sont basées sur un rapport de force.

 

Comme le dit Boris Lojkine, cette histoire violente peut sembler venir de temps mythologiques ou du western par sa dimension épique, mais elle se passe en ce moment même, de l’autre côté de la Méditerranée.

 

Lorsque nous, nous voulons voyager, il nous suffit de demander un visa, de prendre un billet d’avion, de réserver une chambre d’hôtel.

 

Au contraire, les migrants apparaissent au cinéaste comme les grands aventuriers, les héros d’aujourd’hui, en chemin pour la terre promise d’Europe.

 

Pour lui, ces migrants ne sont pas seulement poussés par des raisons économiques, ou politiques, mais par le sentiment qu’ils vivent en périphérie du monde, et que pour se rendre dignes de leur vie, ils doivent rejoindre le monde occidental qui leur est tellement proche par la culture de masse, la télévision ou la musique.

 

Le projet de Boris Lojkine c’est qu’on vive avec Hope et Léonard, que l’on s’attache à eux, que l’on ne les regarde plus comme des migrants, mais comme Hope et Léonard avec leurs aspirations, et leur envie de vivre.

 

Le film laisse à la marge la violence militaire ou policière pour les considérer uniquement comme une sorte de cadre qui pose les lois de l’univers des migrants, le but étant de s’intéresser à cet univers.

 

Il est important à cet égard de noter que pour le cinéaste, la violence dont font preuve les migrants entre eux est le fruit de leur mise en clandestinité, de la répression dont ils font l’objet. Il n’a pas voulu faire un film politique, mais selon lui, c’est la politique migratoire aux frontières qui conduit cette population à s’organiser dans la plus grande violence, et non la nature humaine : à partir du moment où elle ne peut exister au grand jour, cette population est contrainte de s’organiser de manière mafieuse.

 

Au final, le projet essentiel du cinéaste, exprimé par le titre du film, c’est de montrer qu’alors que tout est sombre, l’homme ou la femme humiliés sont capables de trouver dans l’art ou dans l’amour un moyen de résister et de restaurer leur humanité.

 

Les deux acteurs principaux Justin Wang et Endurance Newton n’ont pas pu se rendre à Cannes au printemps dernier pour la projection du film dans le cadre de la semaine de la Critique, où il a obtenu le prix de la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques).

Bonne projection !