Archives mensuelles : décembre 2014

Gemma Bovery

Anne FONTAINE  est née au Luxembourg en 1959. Au lycée, elle choisit une option théatre et opte ensuite pour une formation de danseuse. Ravissante,  elle attire l’attention de David Hamilton qui l’engage pour son film libertin « Tendres cousines », puis c’est Michel Caputo qui lui fait jouer une des petites femmes légères de « Si ma gueule vous plait » avec Michel Galabru et Bernadette Lafont.

En 1985, à l’occasion du tournage d’un 3ème petit navet, elle rencontre Fabrice Luchini. Ils s’aperçoivent qu’ils partagent la même passion pour la littérature, et en 1986, elle adapte avec lui pour le théatre « voyage au bout de la nuit » de Céline, où Luchini remporte le triomphe que l’on sait.

Elle fait alors la connaissance du producteur Philippe Carcassonne, qui deviendra son mari et produira tous ses films, depuis le premier qui a un titre d’une chanson de l’époque dont certains d’entre vous se souviennent peut être, « Les histoires d’amour finissent mal …en général » jusqu’au film d’aujourd’hui. Sa filmographie est aussi riche que variée, allant du triangle amoureux au drame, et de l’érotisme à la comédie. Je ne vous citerai que quelques titres : le sombre « Nettoyage à sec » avec Miou-Miou, Charles Berling et Stanislas Merhar qui brise le couple et ruine le pressing, puis  « Comment j’ai tué mon père », avec Michel Bouquet et Charles Berling, le trouble « Nathalie » avec une Fanny Ardant jalouse qui embauche une péripatéticienne Emmanuelle Béart pour éprouver la fidélité de  son mari Gérard Depardieu, et , « la fille de Monaco » avec l’irrésistible ex-Miss météo Louise Bourgoin, Luchini et Ruschdy Zem…

Anne adapte ensuite une nouvelle de Doris Lessing « Perfects Mothers, » où chacune des mères est éprise du fils de l’autre, film qui provoque un petit scandale pour « immoralité » au Festival de Sundance, ce qui amuse beaucoup la réalisatrice.

Et le film de ce soir est aussi une adaptation, celle du roman graphique « Gemma Bovery » de Posy Simmonds, lui-même librement inspiré d’Emma Bovary. Anne Fontaine, qui connaissait Posy Simmonds pour avoir vu « Tamara Drewe », un film tiré d’une autre de ses bandes dessinées, est d’emblée séduite par le titre et l’œuvre qui détournent « un archétype littéraire féminin ». Elle a senti le potentiel comique et en même temps la profondeur humaine des personnages, qui ouvrent le champ à une comédie à la fois féroce et ironique, comme elle les aime.
Pour le personnage de Martin, l’éditeur-boulanger,  elle a tout de suite pensé à son ami Luchini, qui a Flaubert dans le sang.
Luchini a accepté aussitôt. Pour lui il ne s’agissait pas d’allers et retours entre roman et fiction, mais dit il, « de faire passer Flaubert en contrebande, comme j’avais fait passer Molière dans « Alceste à bicyclette », allant chercher les textes pour les ressusciter dans une autre vie ».
Et il a absolument refusé de faire un stage dans une boulangerie, malgré l’insistance de la réalisatrice .
Pour le rôle de Gemma, Anne n’avait pas pensé que Gemma Arterton, qui avait tourné dans « Tamara Drewe », pouvait être intéressée , et c’est Gemma elle-même qui a contacté Anne Fontaine pendant le casting, avec un petit texte en Français qu’elle avait elle-même composé. Anne raconte : « quand elle est arrivée j’ai vu que j’avais affaire à une bombe atomique et que c’était elle mon personnage. Et elle est venue aussitôt en France s’immerger dans la culture française et dans la langue qu’elle connaissait à peine ». Elle a d’ailleurs tellement apprécié la France que son boy-friend actuel est un français…
Gemma ne connaissait pas Luchini, qui est apparu à ses 28 ans « un petit monsieur âgé comique avec un fanclub de vieilles dames »… Quant à Luchini, quand il l’a découverte, il s’est exclamé « voici 15 ans de tranquillité sexuelle qui s’évaporent ! ». Et il a trouvé une formule amusante pour définir le bovarysme : « c’et une femme sous un pommier qui attend que des poires tombent ».