Archives de catégorie : Soirées 7ème art

Vice, de Adam Mac Kay

Vice, de Adam Mac Kay

Le biopic est un genre très répandu au cinéma, notamment dans le cinéma américain, et parmi les personnages dont la vie est retracée dans ces films, les personnages politiques ont une place de choix. Pour illustrer cela, rappelons quelques exemples célèbres, sous la forme d’un petit jeu (je vous donne la date et l’acteur principal/vous me donnez le film):

  • 1982, Ben Kingsley
    • Gandhi, de Richard Attenborough
  • 1992, Denzel Washington
    • Malcolm X, de Spike Lee
  • 2004, Michel Bouquet
    • Le promeneur du champ de mars, de Guédiguian
  • 2007, Helen Mirren
    • The Queen, de Stehen Frears
  • 2009, Sean Penn
    • Harvey Milkde Gus van Sant
  • 2011, Leonardo Di Caprio
    • J Edgar,de Clint Eastwood
  • 2011, Denis Podalydès
    • la conquête de Xavier Durringer
  • 2012, Meryll Streep 
    • la Dame de fer, de Phyllida Lloyd
  • 2012, Daniel Day Lewis
    • Lincolnde Spielberg
  • 2018, Gary Oldman
    • Les heures sombres, de Joe Wright

Parmi ces biopics, on peut distinguer 2 grandes catégories : ceux qui tracent un portrait  hagiographique du personnage, en montrant son parcours tourmenté pour faire aboutir ses idées (Gandhi, Harvey Milk,film sur Mandela) et ceux qui cherchent à mettre en évidence les failles intimes de ces personnages publics (Le promeneur, J Edgar…)

Comme l’indique son titre, avec le jeu sur le mot « vice » qui, pour une fois,  fonctionne aussi bien en anglais qu’en français, le film de ce soir entre plutôt dans la 2èmecatégorie pour retracer le parcours de Dick Cheney. Ceci n’est pas surprenant quand on sait qu’Adam Mac Kay a suivi une formation de théâtre, mais a commencé sa carrière professionnelle dans l’émission télévisée de Michael Moore, appelée « L’Amérique de Michael Moore, l’incroyable vérité », émission qui avait pour but de dénoncer hommes d’affaires sans scrupules et politiciens verreux. Par la suite, dans le show télévisé « Saturday night live » puis dans ses films il a appliqué la recette suivante : injecter une dose de dénonciation dans un propos résolument comique. Ce n’est qu’à partir du film The big short (sur la crise des subprimes, avec Christian Bale, déjà), qu’il inverse les proportions en injectant une dose de comédie dans un propos résolument engagé.

Mac Kay parvient ici à éviter l’académisme qui guette souvent le genre, grâce à plusieurs éléments :

  • le jeu de Christian Bale et sa transformation physique extraordinaire (il a pris 20kg et s’est rasé les cheveux), transformation qui est devenue le passage obligé de tout biopic et une véritable fabrique à Oscar (Gary Oldman, Daniel Day Lewis, Helen Mirren, Meryl Streep, ou encore cette année Olivia Colman pourLa Favorite )
  • mais surtout, des choix de mise en scène originaux : les récits face caméra, la narration prise en charge à la 1èrepersonne, le mélange d’images de statuts différents
  • un montage original, non linéaire, à suivre jusqu’à la fin du générique qui révèle une dernière surprise
  • et enfin un cameo très original : saurez-vous le repérer ?

Réponse: le « cameo » était constitué de quelques clichés des radios cardiaques du réalisateur, qui a lui-même fait un infarctus pendant le tournage! (on les aperçoit après la 1ère opération de Cheney dans le film)

Les Invisibles, Louis-Julien Petit

« Les invisibles » est le 3° long metrage de Louis-Julien Petit, c’est un film militant au même titre que ses 2 films précédents:, d’ailleurs le metteur en scene est souvent qualifié par les critiques de « KEN LOACH » français

– le 1er, « Discount » a remporté « le Valois du public » au Festival du film francophone d’Angouleme, Ce film traitait des marchandises, invendues et détruites par les super-marchés

Il me plait de penser qu’il a quelque part inspiré la loi de 2015 exigeant que les super-marchés ne détruisent plus les invendus mais les remettent aux associations caritatives
Malheureusement l’actualité de la semaine démontre, une fois de plus, que certains oublient de respecter cette loi.

-le 2°, « Carole Mathieu » réalisé pour ARTE , met en scène une médecin du travail face au mal-être au travail

Le cadre du film de ce soir, « LES INVISIBLES » est la fermeture programmée d’un centre d’accueil pour femmes « sans domicile », en raison de l’absence de résultats en terme de réinsertion, donc non rentable. Nous suivons le combat des travailleuses sociales pour les réinsérer. Le réalisateur s’est inspiré d’un livre et d’un documentaire de Claire Lajeunie qui a passé un an, en tant que bénévole , dans un centre d’accueil pour femmmes  

Au côté des acteurs professionnels notament CORINE MASIERO qui participait déjà à « Discount »,et « Carole Mathieu », et dont on connait les engagements,de NOEMIE LVOVSKY, AUDREY LAMY,et  DEBORAH LUKUMUENA , une quinzaine d’actrices non professionnelles, qui ont connu la rue, et dont vous trouverez les interwievs dans le magazine « CAUSETTE » de janvier

Les invisibles ce sont tous ces gens que nous ne voyons plus, ou que nous ne voulons pas voir. Peut-Être avons-nous peur de devenir comme eux, comment supporterions nous le regard des autres sur nous? Vivre dans la rue c’est, endurer le froid, la fain, le manque d’hygiene.supporter le regard des autres. Vivre dans la rue c’est encore plus dur pour les femmes qui pour la plupart ne veulent pas aller dans les centres d’Accueil. En effet, ceux-ci etant mixtes, elles risquent constament d’être agressées. Elles restent dans la rue, se cachent en essayant d’être invisibles.

Dans notre pays « developpé » :

– pres de 9 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté

– on compte 7 % de travailleurs pauvres

  • il y a près de 4 millions de personnes très mal logées
  • pres de 200 000 personnes sont sans abri, dont 2000 meurent chaque année dans la rue

Ce sont tous ceux-la dont nous parle ce film, des travailleurs sociaux , des bénévoles,et des associations caritatives, sans tomber dans le pathos mais avec humour.

Pour terminer, je voudrais vous lire d’édito du magazine, »CAUSETTE » qui nous parle simplement d’une de ces invisibles

Green Book, Peter Farelly

Green book – 28 février 2019 –

Vous allez découvrir Green Book, sacré dimanche soir aux Oscars  meilleur film 2018. Je vous signale en passant que  l’Académie des Oscars  comprend 85 % de blancs, et 70 % d’hommes de plus de 55 ans…

Son réalisateur, Peter Farrely,  est né aux USA en 1956. Avec son frère Bobby, né deux ans après lui, il crée un type nouveau de comédies, burlesques, sans aucun tabou,  volontiers scatologiques,  dont un parfait exemple est l’inénarrable « Mary à tout prix ». 

Avec « Green book », réalisé cette fois sans son frère, Peter change  complètement de registre,  dans un style humaniste qui rappellerait plutôt « la vie est belle » de Frank Capra. Rappelons que Frank Capra a commencé lui aussi  par des films burlesques et « Arsenic et vieilles dentelles » pourrait être l’ancêtre de « Mary à tout prix ».

Le film est  la véridique histoire de Don Shirley,  célèbre pianiste de jazz afro-américain, élégant et cultivé,  et Tony Lip Villalonga,  chauffeur- livreur-videur dans le Bronx,  italo-américain plutôt rustre, beauf et raciste. Le musicien noir avait recruté le chauffeur blanc pour conduire sa voiture et  lui servir de garde du corps en 1962 lors de la tournée de concerts, qui devait le mener depuis Manhattan jusque dans les états ségrégationnistes du Sud des USA. 

Et « Green book » c’est un authentique  guide de voyage écrit en 1935 par un postier noir new yorkais, nommé, ça ne s’invente pas, Victor Hugo Green. Remis  chaque année à jour, il était destiné à indiquer aux touristes de couleur les lieux dans les états du Sud qu’ils devaient absolument éviter et ceux qu’ils pouvaient fréquenter sans risquer leur vie. Et il n’a a cessé de paraître qu’en 1966…

Le scénario est de Nick Villalonga, le propre fils de Tony Lip, qui a coaché pendant tout le film l’acteur  qui joue son père, le beau  et surdoué Viggo Mortensen, acteur américain  d’origine danoise. Polyglotte, il faut l’entendre raconter, en français, comment il s’est trouvé en avion par hasard à côté de notre Agnès Varda qui l’a littéralement charmé par son humour et sa sensibilité…

Vous avez aimé Mortensen dans le Seigneur des Anneaux, Captain Fantastic, Promesse de l’ombre. Dans Green book, il est magistral et hilarant, mais j’ai le regret de vous dire qu’il ne sera pas aussi beau cette fois, ayant dû  prendre 20 kg avec des pizzas, pour respecter le déséquilibre physique entre les deux hommes. 

Et c’est l’excellent acteur afro-américain Mahershala Ali, le premier acteur américain musulman à avoir obtenu un Oscar, qui interprète Don Shirley. Il a reçu dimanche son deuxième oscar, pour le meilleur acteur de second rôle.

 Green Book a aussi  recueilli le prix du meilleur scénario original. Et toutes ces récompenses ont provoqué la rage  de Spike Lee, dont le film Blackkklansman  n’a obtenu que l’oscar  du meilleur scénario adapté.Il  considére  que Green Book, réalisé par un blanc,   présente une vision condescendante et simpliste  des tensions raciales et un traitement réducteur de l’histoire du Racisme.Mais  comme ce film, qui mélange subtilement des sentiments de pudeur  et d’amitié est assez long, je n’en dirai pas plus. Est-ce le meilleur film 2018 ? A vous de juger.

Marion Magnard

Les Confins du monde, de Guillaume Nicloux

Le traditionnel récit chronologique du parcours du réalisateur me semble plutôt inapproprié pour cerner qui est Guillaume Nicloux, artiste assez insaisissable, je vais donc essayer de le décrire rapidement en piochant quelques fragments dans sa biographie :

  • c’est un homme de lettres : il a commencé par le théâtre, il a publié une dizaine de romans, des nouvelles, des articles
  • au cinéma, c’est un expérimentateur et un touche à tout : il a commencé par réaliser des films écrits selon le principe de l’écriture automatique, il a ensuite réalisé des films noirs (par exemple le Concile de Pierreavec Monica Bellucci et Deneuve en 1991), mais aussi un docu-fiction avec Michel Houellebecq,  une adaptation de La religieusede Diderot en partie tournée dans la région, des séries 
  • Il se caractérise aussi par ses amitiés avec quelques acteurs qui ne passent pas inaperçus : Houellebecq, Darroussin, Depardieu, et plus récemment Gaspard Ulliel, avec qui il vient de réaliser sa 1èremini-série pour Arte, intitulée Il était une seconde fois ; avant une autre série qui sera adaptée d’un roman de Houellebecq encore. 

Le film de ce soir s’inscrit dans un contexte historique bien défini mais que le cinéma français a délaissé depuis longtemps déjà : à savoir les prémisses de la guerre d’Indochine. Car si la guerre du Viet-Nam est très présente dans le cinéma américain, il n’en est pas de même pour la guerre d’Indochine dans le cinéma français. On retrouve bien des points communs avec le film de Schoendorfer, La 317 ème section, que Nicloux mentionne volontiers comme référence, toutefois, la guerre n’est pas le sujet central : Nicloux montre ici les forces colonialistes françaises, mais c’est le cadre d’un film de vengeance plutôt que d’un film de guerre. Le personnage central, interprété par Gaspard Ulliel, est en effet le seul survivant d’un massacre dans lequel il a perdu son frère, et semble lui-même revenu d’entre les morts. La guerre n’est d’ailleurs pas traitée de manière réaliste. 

Le film ravive les images d’une jungle humide, étouffante et mortifère dont le modèle est bien sûr Apocalypse Now. Comme l’indique le titre, ce cadre est associé à un très fort sentiment d’étrangeté accentué par les brumes, l’invisibilité de l’ennemi, les fumeries d’opium. Un parcours plus sensoriel que sensuel, car le corps n’est pas à la fête dans ce contexte poisseux. Le personnage principal est tiraillé entre des pulsions contraires incarnées par les différents personnages qu’il va rencontrer : la voie de la vengeance, la voie de l’amour, la voie de la spiritualité (paradoxalement transmise par un personnage interprété par Gérard Depardieu). 

En ce qui concerne la construction, le film est composé à la manière d’un journal : il juxtapose des séquences assez indépendantes et datées, s’écartant ainsi d’une progression strictement linéaire. 

Pour la musique, Nicloux a fait appel a Shannon Wright, une jeune auteure-compositrice-interprète de folk-rock américaine, qui compose ici sa 1èreBO de film. Mais on entendra aussi quelques chansons françaises des années 30 ou 40 et surtout, Nicloux a composé tout un univers sonore aussi important pour lui que le cadre visuel, dans lequel la pplace des sons et du silence est soigneusement définie. 

Un film envoûtant et hypnotique, comme un cauchemar halluciné qui mêle trivialité, violence et sublime. Je ne vous garantis pas une nuit paisible après ce film, mais vous souhaite une bonne soirée en attendant !

Les Veuves, Steve Mac Queen

Les Veuves, Steve Mac Queen

Steve Mac Queen, de son vrai nom Steven Rodney Mac Queen, est né en 1969 à Londres, où il a également fait des études d’art (il a passé 4 mois dans une école de cinéma et a détesté cette expérience). Car c’est d’abord un artiste, dont les 1ers courts métrages sont visibles dans les musées, comme celui qui s’intitule Bearet qui montre de façon presque abstraite les corps de 2 lutteurs dont l’un est interprété par l’artiste lui-même. Entre ce 1erfilm expérimental tourné en 1 journée en 1993 et Les Veuves, film de genre, aux allures de blockbuster, l’écart peut sembler énorme, pourtant ce film a sa place dans la trajectoire du réalisateur. 

Après toute une série de courts métrages expérimentaux, il a tourné 3 longs métrages qui ont tous marqué l’histoire du cinéma. En 2003, c’est Hunger, dans lequel Mickael Fassbender joue le rôle de Bobby Sands, le célèbre prisonnier de l’IRA qui meurt dans une prison suite à sa grève de la faim ; un film impossible à oublier, aussi bien pour le jeu de l’acteur principal que pour ce long plan séquence où Bobby Sand dialogue avec un aumônier. En 2001, il engage de nouveau Fassbender pour interpréter un autre rôle dérangeant, celui d’un drogué du sexe dans Shame. Puis en 2013, c’est le grand succès public et critique de 12 years a slave. Ces 3 films construisent une œuvre originale et forte, non dénuée  d’une certaine radicalité. 

Le film de ce soir peut paraître moins personnel que les précédents, dans la mesure où il s’agit de l’adaptation d’une mini série britannique du début des années 80. Pourtant on comprend pourquoi le réalisateur a choisi de s’en emparer car il dit dans une interview : « Je me rappelle précisément le moment où je suis tombé la première fois sur la série télé de Lynda La Plante, Les Veuves. J’avais 13 ans, j’étais chez mes parents, à plat ventre sur le tapis du salon, la tête appuyée sur mes mains ; ma façon à moi de regarder la télévision à l’époque. L’émission m’a immédiatement transporté dans l’univers du crime, où les gens les plus vulnérables et sous-estimés étaient des femmes. Jugées incapables, seule leur apparence comptait. Cependant, elles étaient si déterminées à prendre leur destin en main qu’elles parvenaient à affronter l’adversité et à trouver en elles des forces insoupçonnées. À cette période de ma vie, je me sentais très proche de ce qu’elles enduraient car j’avais le sentiment qu’on portait le même regard sur moi. Les adversaires de ces veuves les considéraient comme étant incapables d’accomplir quoi que ce soit; malgré tout, elles s’en sortaient. Cela m’a profondément marqué. »

Pour le scénario, il a fait appel une scénariste, Gillian Flynn (Gone Girl) et il  a situé l’action de nos jours à Chicago, la ville d’Al Capone, ville associée selon lui à la corruption et à la criminalité mais aussi à la diversité et la mixité. Changement de lieu et d’époque qui lui permet d’aborder les questions politiques, sociales, raciales qui le préoccupent, notamment par le biais de la diversité d’origines des personnages. Diversité d’origine des actrices  et acteurs également, avec l’afro-américaine Viola Davis dans le rôle principal, la latino-américaine Michelle Rodriguez, l’australienne Elisabeth Debicki, l’irlandais Colin Farrell ou encore le mexicain Manuel Garcia-Rufo. Vous reconnaîtrez également au passage Robert Duvall ou Liam Neeson, qui interprète le mari blanc d’une femme noire, ce qui n’est toujours pas anodin, même pour un film de 2018. 

Un film de braquage, donc, mais aussi un film social, politique et comme le titre l’indique, il s’agit également d’un film sur le deuil. 

Danièle Mauffrey

Soirées 7ème art… pour commencer 2019!

Toute l’équipe de Toiles Emoi et de Cinéfestival vous a concocté un début d’année… épicé!… avec des braqueuses… viriles, un jeune homme… maternel, des aventures en Indochine, une leçon de cinéma sur famille… pas ordinaire… et pour clôturer le tout: une surprise qui se savourera le 31 janvier!

Très belle année 2019 à tous!

2019 Year Joy Season Celebration New Year

 

Soirée 7° Art 2018-2019 JANV